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20 avril 2020

La crise du Coronavirus

Contribution du Cardinal Jean-Claude Hollerich publiée dans la Revue « La Civiltà Cattolica »

Permettez-moi quelques considérations sur la crise dans laquelle nous plonge le coronavirus. Je ne vous parlerai pas de la crise immédiate dans nos hôpitaux où nous faisons l’expérience de la fragilité de notre système de santé … fragilité qui nous est communiquée de manière constante par les médias et qui nous mène dans une crise existentielle.

En effet, la mortalité était loin de nous … les catastrophes … c’était ailleurs – loin de notre propre monde qui nous semblait donner une sécurité. Certes la mort était là … mais le monde de la consommation et des plaisirs réussissait à réprimer la peur de la mort dans notre propre cœur. Toute une génération en Europe a grandi dans ce monde superficiel et n’en connaît pas d’autres. Certes la crise économique grignotait parfois à nos sécurités, mais les sorties le soir, les voyages, la consommation de nos corps et de nos cœurs venait à bout de nos questions et de nos doutes.

Cela a changé … la mort qui jouait un rôle de second plan, loin de nous, dans les coulisses est revenue au milieu de la scène. La mort, la finitude de notre existence, nous repose de manière radicale la question du sens de ma vie, de nos vies. L’isolation, la solitude nous permettent de creuser ces questions et de venir à une vraie conversion. En effet, notre pratique religieuse était à l’image de nos sociétés … la consommation du religieux ne fait pas encore de nous des femmes et des hommes de Dieu. C’est l’écoute de la Parole, sa méditation dans notre cœur qui nous tourne vers Dieu. Pas le dieu-produit qui doit me procurer une sensation de bonheur, mais le Père qui nous aime au-delà de notre fin, de notre mort, … la sensation d’être dans les mains de Dieu … avec Lui je peux passer les ravins de la mort.

Mais une conversion vraie et sincère nous tourne toujours vers les hommes créés par Dieu et aimés par Lui. Une vraie conversion doit transformer non seulement notre cœur, mais elle change notre vie, nos actions.

La crise actuelle montre que nos modèles économiques doivent changer. On met souvent en cause la globalisation, la mondialisation. Depuis beaucoup d’années nous avons réfléchi sur le sens du ”glocal“, cette combinaison du global et du local. Hélas, cette pensée est restée le propre de quelques élites … l’économie a pris le chemin d’un libéralisme effréné où seule compte la maximisation du profit. Si nous voulons de meilleures conditions dans de nouvelles crises, l’économie a besoin de sa conversion glocale qui inclut le remède à tant d’injustices où le Nord profite du Sud. Les dirigeants politiques, s’ils ont l’ambition d’être des hommes d’état et non seulement des politiciens, doivent prendre le lead. Ne nous trompons pas, nous ne vivons pas aujourd’hui la grande exception, mais de pareilles crises vont revenir et elles ne seront que la pâle lueur de la crise écologique que notre train de vie est en train de faire avancer.

La crise actuelle nous montre aussi la nécessité des relations humaines, des réseaux de solidarité. Écoles et crèches fermées, le travail à domicile, nous montrent l’importance de la famille comme première cellule de solidarité. Nos politiques ont fragilisé les réseaux de famille, privilégient l’individualisme, fruit de nos préférences économiques. Je lance un appel aux femmes et hommes politiques de tout faire pour renforcer les familles, premiers noyaux de solidarité ; je lance un appel pour revenir à de bons voisinages qui favorisent l’entraide.
Le plus grand réseau de solidarité que nous puissions imaginer est l’Union Européenne. Or, l’UE semble être paralysée, le retour au national semble évident pour la plus grande partie des pays membres. À l’anniversaire de l’accord de Schengen nous voyons nos frontières fermées, et cela sans pourparlers, sans accord mutuel. La crise semble privilégier l’individualisme des nations.

Les épidémies ont toujours laissé des traces dans la mémoire collective des peuples … des chefs d’œuvre de la littérature, des chapelles et des colonnes, des sanctuaires dédiés à Notre-Dame, à Saint Roque, à Saint Sébastien, des processions nous rappellent aujourd’hui encore les épidémies de la peste qui ont sévi en Europe. Quelles seront les traces de la pandémie du coronavirus dans la mémoire collective des peuples d’Europe ?

L’Europe ne peut se construire sans idée de l’Europe, sans idéaux. Le fait que l’Union Européenne se ferme aux réfugiés, les images du camp surpeuplé de Moria sur l’île de Lesbos, les milliers de naufragés en Méditerranée ont infligé des blessures profondes à l’idéal européen. Le manque de solidarité lors de la crise du coronavirus peut en devenir la blessure mortelle. Certes, nous voyons maintenant un certain nombre de patients italiens traités par exemple en Allemagne ou bien des patients français traités en Allemagne et au Luxembourg. Mais on ne voit pas en premier plan une solidarité européenne en détresse … j’ai peur que pour beaucoup ce sera le désenchantement du projet européen.

Les pays d’Europe sont en guerre contre le coronavirus. La reconstruction d’après-guerre est importante et constitue de nouvelles familles, comme la famille occidentale des États-Unis d’Amérique et des pays européens de l’Ouest après la deuxième guerre mondiale. Comment envisager la construction des pays européens à la fin de la crise … les pays pauvres deviendront plus pauvres sans aide économique et financière. C’est la dernière chance pour le projet européen. J’espère de tout cœur que les pays du Nord feront un projet de solidarité avec les pays du Sud de l’Europe, non pas sous pression, mais en y mettant tous leurs efforts dans un grand geste de solidarité européenne.

Sinon, ce n’est pas seulement l’idée européenne qui sera en péril… la carte mondiale changera après cette crise. L’Europe en sortira plus affaiblie … les retours aux nationalismes fragiliseront ces mêmes États-nations.

Une crise est une césure … elle peut nous affaiblir ou bien elle peut nous faire affronter de nouveaux défis.

La crise du coronavirus nous présente des défis personnels, existentiels et religieux. Elle nous présente aussi des défis de société et des défis pour l’Europe. Comme chrétiens elle nous permet de méditer tous ces défis en les associant au mystère pascal, à la mort et à la résurrection de Jésus le Christ notre Seigneur et notre frère.

+ Jean-Claude Cardinal Hollerich sj
Archevêque de Luxembourg
Président de la COMECE

Version française de l’article publié en italien dans la Revue La Civiltà Cattolica.

L’EUROPA E IL VIRUS - Contribution en italien publiée dans la Revue « La Civiltà Cattolica »
 
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