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Année A  
12 août 2017

« Confiance ! C’est moi » (Matthieu 14,22-33)

Commentaire de Charlotte Langehegermann sur l’évangile du dimanche (19e dimanche ordinaire)

Au récit de la multiplication des pains qui précède notre texte, les quatre évangiles font succéder la marche de Jésus sur les eaux. Celui qui marche sur la mer manifeste sa victoire sur la mort. Le récit a un enracinement dans l’Ancien Testament. Celui qui nourrissait son peuple au désert par la manne, s’était montré aussi le maître des flots lors du passage de la mer Rouge. (Ex 14,28-29) L’intervention de Dieu est louée par le psalmiste : « Sur la mer fut ton chemin, ton sentier sur des eaux innombrables. » (Psaume 77,20). En Isaïe 43,2 Dieu dit à son Élu : « Passes-tu par les eaux, je suis avec toi ; par les fleuves, ils ne te noieront pas ». La victoire sur les eaux de la mort appartient au Seigneur ressuscité, comme le suggèrent maintes allusions du texte de Matthieu. L’épisode de la marche de Pierre sur les eaux est propre à Matthieu, et oriente ainsi le sens de l’ensemble du récit. L’évangéliste souligne surtout la puissance actuelle du Seigneur ressuscité dans la vie de l’Église.

Aussitôt après avoir nourri la foule dans le désert, Jésus obligea les disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules. Quand il les eut renvoyées, il gravit la montagne, à l’écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul. La barque était déjà à une bonne distance de la terre, elle était battue par les vaques, car le vent était contraire. (Mt 14,22-24).

Le premier verset souligne une absence et une séparation. Jésus se sépare et des foules et des disciples. Le voici sur la montagne, à l’écart, dans l’intimité avec le Père, signifiée par sa prière (v.23). La barque était à bonne distance de la terre, Jésus semble loin et ses disciples en danger. Matthieu s’intéresse à « la barque » symbole de l’Église qui navigue à vue et affronte en tout temps la nuit et la tempête : « elle était battue par les vagues car le vent était contraire ». De fait, tout l’épisode constitue une parabole sur les rapports d’aujourd’hui entre le Christ ressuscité et son Église.

Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux en marchant sur la mer. En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent bouleversés. Ils dirent : « C’est un fantôme. » Pris de peur, ils se mirent à crier. Mais aussitôt Jésus leur parla : « Confiance ! C’est moi ; n’ayez pas peur ! » (Mt 14,25-27)

Les disciples peinent sur leur barque. Vers la fin de la nuit, vainqueur des eaux de la mort, comme le disent les psaumes, Jésus « vint ». Ce verbe, dans les évangiles, est typique des apparitions pascales de Jésus (Jn 20,19). Comme à Pâques, les disciples sont « bouleversés » et croient voir un « fantôme » (Luc 24,37-38). Comme à Pâques, Jésus se fait reconnaître. Il dit : « C’est moi » ; littéralement : « Je suis », expression par laquelle, dans l’Ancien Testament, Dieu se définit, fait reconnaître sa présence et son action en faveur de son peuple (Exode 3,14). À la fin de l’évangile de Matthieu, le Ressuscité reprendra les mêmes paroles : « Je suis avec vous » (Mt 28,20). Il assure à ses disciples une présence durable et une assistance efficace tous les jours, même dans la persécution.

Pierre prit alors la parole : « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. » Jésus lui dit : « Viens ! » Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus. Mais voyant la force du vent, il eut peur et, comme il commençait à enfoncer, il cria : « Seigneur, sauve-moi ! » (Mt 14,28-30)

La question de Pierre, « si c’est bien toi », annonce le doute des disciples devant le Ressuscité, comme le montre Matthieu 28,17 (mais ils doutèrent). Ici, Pierre obéit à l’ordre de Jésus. Il s’avance sur les eaux à la rencontre de Jésus. Brusquement il réalise ce qu’il est en train de faire : il a quitté la barque ! C’est comme s’il ne voyait plus Jésus. Il ne sent que la puissance du vent et ne voit que l’eau mortelle. C’était sa foi qui le soutenait, elle fait naufrage. Pierre enfonce. La peur l’emporte sur la foi. Au dernier moment il se tourne tout de même vers Jésus : la foi de Pierre reste suffisante pour que la peur devienne encore prière : « Seigneur, sauve-moi ! »

Aussitôt, Jésus étendit la main, le saisit et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba. Alors ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui, et dirent : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! » (Mt 14,31-33)

Aussitôt, étendant la main, Jésus le saisit. Le psalmiste chante : « Il étendit sa main d’en haut, il me saisit, il me retira des grandes eaux. (Ps 18,17) Voici une main divine sur une épaule d’homme. Plus tard, au cours de la Passion, Jésus dit à Pierre que Satan a réclamé les disciples pour passer leur foi au crible. Il ajoute : « J’ai prié pour toi, pour que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères. » (Luc 22,31-32) La foi de Pierre va bel et bien défaillir et il va enfoncer, couler lors des reniements mais il « reviendra » comme le dit Jésus aux versets suivants. L’arrachant aux eaux mortelles, Jésus lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » Si Pierre, le rocher solide sur lequel tout est bâti, s’est montré si friable, n’espérons pas faire mieux. Ne nous étonnons pas et ne nous désespérons pas lors des éclipses de notre foi. L’aventure de Pierre sur les eaux est un des nombreux textes qui dessinent devant nous la carte que nous avons tous, et tous les jours, à parcourir : le passage de la peur à la foi. Nous sommes donc concernés et invités, jour après jour, à mettre notre confiance dans le « Fils de Dieu ressuscité », vainqueur des forces du mal, et d’attendre de lui l’apaisement quand « le vent contraire », quelle qu’en soit la nature, assaille notre foi.

Charlotte LANGEHEGERMANN
 
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