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Année A  
7 juillet 2017

Doux et humble de cœur

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 11,25-30 (14e dimanche du temps ordinaire)

L’évangile de ce jour commence avec la prière de louange de Jésus adressée au Père, Seigneur du ciel et de la terre, qui dans sa bienveillance se révèle aux tout-petits. Chaque fois que Jésus se trouve devant l’évidence de la foi, il manifeste sa joie et sa reconnaissance au Père. Nous apprenons de lui ce qu’est la véritable prière de louange et d’action de grâce ; bonheur filial émerveillé devant l’initiative de Dieu se révélant aux hommes. Ce dont Jésus s’émerveille aussi, c’est de l’intimité que lui offre son Père : il contemple la communion inouïe qui les unit. « Tout m’a été remis par le Père : personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler ». Par cette phrase, l’évangile de Matthieu se rapproche des méditations de l’évangile de saint Jean : « Le Père et moi, nous sommes Un… Qui m’a vu a vu le Père ».

En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. Tout m’a été remis par mon Père : personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. » (Mt 11,25-30)

Comment comprendre les paroles de Jésus : « Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits » ? Les choses cachées, représentent le Royaume, annoncé en actes et paroles par Jésus. Pourquoi cette révélation est-elle réservée aux « tout-petits » ? L’amour et la bonté de Dieu se porte d’abord sur les petits et les humbles. Ce sont eux qui constituent dans la Bible une catégorie particulière, objet d’un amour préférentiel de Dieu. Cela se poursuit dans le Nouveau Testament, en contraste avec une société où le statut des enfants était un statut d’insignifiance, allant jusqu’au mépris et à la dévalorisation. En revanche, un enfant devient pour Jésus la manière de désigner les simples, les humbles et les pauvres qui, conscients de leurs carences et n’ayant pas d’autre possibilité que celle de recevoir, symbolisaient les attitudes de disponibilité, de réceptivité et de confiance. C’est pourquoi, dans les paroles et gestes de Jésus, les tout-petits ont découvert Dieu comme Père. Ils ont saisi qu’entre Dieu et cet homme-là, il y a une totale réciprocité, que Jésus veut révéler Dieu et que, dans sa mission, Dieu se révèle effectivement en personne. Cependant le Royaume que Jésus a proclamé, il l’a proclamé pour tous. Pourquoi « ces choses sont cachées aux sages et aux savants » ? Quand Jésus a parlé des tout-petits devant les pharisiens il n’a pas développé un discours vindicatif. Les sages et les savants sont souvent ceux qui construisent par eux-mêmes leur connaissance de Dieu. Persuadés de leur propre sagesse, ils oublient que Ben Sirac le sage affirme dès le premier verset de son livre : « Toute Sagesse vient du Seigneur » (Si 1,1). Dieu ne cache rien aux sages et aux savants, mais enfermés dans leur savoir et leur pouvoir, ils ont du mal à accueillir l’enseignement de Jésus, à s’ouvrir à l’amour de Dieu et des autres.

« Venez à moi » ! Cette invitation de Jésus, adressée à ceux qui peinent, était déjà l’invitation de la Sagesse divine dans l’Ancien Testament. (Si 24) Pour les Juifs, le service de la Torah n’est pas un fardeau trop lourd, mais le chemin du vrai bonheur. Ben Sirac dit : « Tu trouveras en elle (dans la pratique de la Loi) le repos, elle se chargera pour toi en joie. (Si 6.28) Et Dieu, par des prophètes appelait son peuple à trouver en lui le réconfort (Is 50,4 ; Jr 6,16). Jésus incarne la Sagesse de Dieu quand il appelle tous ceux qui peinent sous le poids du fardeau, il les appelle à prendre « son joug et à devenir ses disciples ». Au sens figuré l’expression « prendre le joug » fait penser que l’on s’attache à quelqu’un pour marcher du même pas, attelés à la même tâche. Dans l’Ancien Testament et le Judaïsme cette expression évoquait l’Alliance entre Dieu et son peuple. Celui qui s’engageait à suivre la Loi de Dieu, pouvait s’attendre à ce que toute la force de « l’attelage » ainsi composé vient de Dieu lui-même. Du temps de Jésus les scribes et les pharisiens avaient transformé la pratique de la Loi de Dieu en un cortège d’obligations tatillonnes. Les discussions entre les maîtres et leurs interprétations de la Torah concernant les 613 préceptes, dont 248 commandements positifs et 365 interdictions étaient si embrouillées que cela donnait la sensation à une majorité du peuple de vivre opprimé sous un joug semblable à l’esclavage qu’avaient connu leurs ancêtres en Égypte. L’évangéliste Matthieu partage cet avis quand il nous livre la parole de Jésus : « Les scribes et les pharisiens siègent dans la chaire de Moïse… Ils lient de pesants fardeaux et les mettent sur les épaules des gens alors qu’eux-mêmes se refusent de les remuer du doigt. (Mt 23,3-4).

Jésus propose donc à ses disciples de venir à lui, de devenir ses disciples, de marcher enfin dans la paix avec lui qui refuse de faire peser son pouvoir, qui se montre « doux et humble de cœur » selon les béatitudes (Mt 5,3-4) et la prophétie du Roi d’humilité (Mt 21,5). Jésus a vécu les béatitudes, il n’a rien dit qu’il n’ait vécu. Le Sermon sur la montagne (Mt 5-7) ne perd rien de sa rigueur et de son radicalisme : mais tout devient possible si le guide s’implique lui-même dans la voie qu’il a tracée. Avec Jésus, les béatitudes s’accomplissent, la Loi nouvelle est une expérience possible, la figure du Père devient le secret de l’existence humaine. Il est bien vrai que beaucoup de chrétiens vivent leur relation à Dieu comme une sevitude : pratiques diverses, messe dominicale, règles de morales. Si Jésus déclare son fardeau léger, c’est parce qu’il ne s’agit pas d’une relation à un texte, mais d’un amour vécu entre personnes. L’amour a certes ses exigences mais elles sont vécues avec aisance, dans la liberté. Disciples, nous voici attelés avec le Christ. Comment peut-on qualifier le joug du Christ de « facile » ? Parce que nous ne sommes pas seuls à peiner : nous sommes joints par l’amour de celui qui est doux et humble de cœur. Nous avons à porter notre vie, qui est souvent pesante, mais nous sommes deux.

Charlotte LANGEHEGERMANN
 
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