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Année C  
4 mars 2016

L’amour inconditionnel (Luc 15,1-2.3.11-32)

Lecture du 4e dimanche de Carême selon l’approche de la rhétorique sémitique de Roland Meynet

Dans l’introduction de l’évangile de ce dimanche (15,1-2), saint Luc nous présente deux groupes de personnes venues pour écouter Jésus. Ce sont d’une part des gens qui de notoriété publique sont des pécheurs. « En ce temps-là les publicains et les pécheurs venaient à Jésus pour l’écouter » (15,1). D’autre part, des gens, très pieux et très fidèle à la loi de Moïse : des pharisiens et des scribes. Ces derniers sont très choqués : Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » (15,2). L’avantage des publicains et des pécheurs sur les pharisiens et les scribes, c’est qu’ils ne sont pas dans l’illusion, tandis que les seconds se croient justes par leurs œuvres. Jésus symbolise cette différence par celle des deux fils de la parabole du Père miséricordieux.

Alors Jésus leur dit cette parabole : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : ‘Père donne –moi la part de fortune qui me revient’. Et le père leur partagea ses biens. Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre. Il avait tout dépensé, quand une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin.

Le Retour du fils prodigue, Rembrandt, 1668

Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien. Alors il rentra en lui-même et se dit : « Combien d’ouvrier de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers. » Il se leva et s’en alla vers son père (15,11-20).

Jésus raconte cette parabole pour faire découvrir à ceux qui l’écoutent et à nous le vrai visage de Dieu. Le père dont parle Jésus est bien Dieu, notre Père. C’est lui le personnage central du début à la fin de l’histoire. Il est présenté comme celui qui donne, le seul qui donne et qui donne tout. Il respecte totalement la liberté de ses deux fils. Ce qui est frappant dans cette histoire, c’est que les deux fils ont au moins un point commun : leur manière de considérer leur relation avec leur père. Ils se sont conduits de manière très différente, mais finalement leurs manières d’envisager leur relation avec leur père se ressemblent… Le fils cadet demande à son père sa part d’héritage (15,12). Il quitte la maison paternelle, sans laisser d’adresse : « vers une région lointaine », et il dilapide la fortune de son père dans une vie dissolue. Après avoir « tout dépensé » (15,14), sa déchéance sociale et religieuse se poursuit par la garde des porcs (animaux impurs) au service d’un patron païen, sans même pouvoir se nourrir lui aussi des gousses dont s’alimentent les porcs. Il correspond à ce stade au type de « pécheur » dont scribes et pharisiens se détournent avec répulsion (15,2).

Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baiser. Le fils lui dit : « Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Mais le père dit à ses serviteurs : Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez lui une bague au doigt et des sandales aux pieds, allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé. Et ils commencèrent à festoyer (15,21-24).

La réflexion personnelle du cadet est réaliste (15,17-19). Déchu de son honneur et de son statut de fils, il retourne vers son père et il confesse son péché (15,21). Mais il n’a pas idée de la bonté de son père, il revient avec l’idée de devenir « salarié » de son père pour vivre de son travail. Prenant les devants, le père qui a attendu son fils, court à sa rencontre, ne le laisse pas proférer une telle insulte, un pareil blasphème (15,21). Et au lieu de salaire c’est de nouveau l’abondance de dons gratuits (15,22-23).

Or le fils aîné était aux champs. Quand il revient et fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des serviteurs, il s’informa de ce qui se passait. Celui-ci répondit : « Ton frère est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé ». Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusa d’entrer. Son père sortit le supplier. Mais il répliqua à son père : « Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est revenu après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu as fait tuer le veau gras ! » (15,25-30).

Comme son cadet le projetait à son retour, le fils aîné se comporte en mercenaire, en esclave et non en fils. « Voici tant d’années que je te sers » (15,29). Le père n’est pas celui à qui il doit tout chaque jour, mais celui qui lui doit le salaire de son travail. Il traite son père en employeur, en chef d’entreprise. Il choisit le moment où le père vient de tuer le veau gras pour lui reprocher de ne lui avoir jamais donné de chevreau ! Il n’a pas compris que la fête était pour lui aussi. Il n’accepte pas le don du père au cadet et refuse en même temps le don que le père lui fait à lui aussi pour les retrouvailles communes. L’un et l’autre des deux fils font des calculs et n’acceptent pas l’amour inconditionnel du père. Ils envisagent leur attitude filiale en termes de comptabilité. Le père répondit : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! » (15,31-32).

Le Père de la parabole, c’est Dieu, le Père de toute miséricorde. Mais c’est aussi Jésus, puisque comme lui il « accueille les pécheurs et mange avec eux » (15,2). Comme son Père, Jésus est celui qui donne, celui qui se donne, celui qui nous est donné comme nourriture. Jésus, le seul véritable fils est l’incarnation de sa prodigalité. Appelés par lui à accueillir nos frères et nous réjouir du retour des pécheurs, appelés à nous convertir au pardon, nous sommes tous convoqués à pratiquer la miséricorde.

Source : Roland Meynet, L’Évangile de Luc, éditions Lethielleux, 2005, ISBN 2-283-61239-X.

Roland Meynet est professeur émérite de théologie biblique de l’Université Grégorienne à Rome, auteur de plusieurs ouvrages et e.a. directeur de la revue Gregorianum.

Charlotte LANGEHEGERMANN
 
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