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Année C  
18 novembre 2016

Un roi pas comme les autres

Le Christ, Roi de l’univers - Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 23,35-43

Le Christ et le bon larron. 1566, Titien, huile sur toile, Bologne

La liturgie de la fête du Christ, Roi de l’univers, tourne nos yeux vers la figure d’un roi-serviteur qui meurt en croix sans honneurs ni triomphes. Comme les contemporains du Christ, nous pensons parfois que Dieu exerce un pouvoir sur les hommes à la manière du roi David, dont la figure est rappelée dans la première lecture de ce dimanche. Ce dernier, aussi fort soit-il, s’est montré défaillant. La royauté du Christ se démarque des modèles humais passés et présents. Jésus n’a jamais revendiqué le titre de roi terrestre. « Ma royauté n’est pas de ce monde ». Il est venu pour servir, non pour être servi. L’évangéliste Jean nous fait percevoir l’aspect paradoxal de cette royauté du Christ en présentant les événements de la Passion du Christ comme un cérémonial inédit d’investiture. Jésus est revêtu d’un manteau de pourpre ; il est couronné d’épines et assis sur une estrade. La croix est le lieu de l’élévation où Jésus « attire tous les hommes à lui » (Jn 12,32). Durant toute sa vie il donne le témoignage que sa puissance est salvifique et miséricordieuse. Il s’offre sur la croix pour que nous ayons la vie. Nous pouvons faire nôtre la prière du bon larron : « Souviens-toi de moi, quand tu viendras dans ton Royaume ».

En ce temps-là, on venait de crucifier Jésus, et le peuple restait là à observer. Les chefs tournaient Jésus en dérision et disaient : « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! » Les soldats aussi se moquaient de lui ; s’approchant, ils lui présentaient de la boisson vinaigrée, en disant : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » (Luc 23, 35-37)

Le supplice de Jésus crucifié est redoublé par la risée de ceux qui l’ont fait condamner (Luc 23,35b) et de ceux qui ont été chargés d’exécuter la sentence (Luc 23,36-37). D’un côté les chefs du peuple se moquent de lui, de l’autre, ce sont les soldats romains qui se jouent de lui et à travers lui du peuple dont Jésus est le roi dérisoire. Le peuple en revanche ne joint pas sa voix à celle de ses chefs. Le fait que celui qui en a sauvé tant parmi eux ne se sauve pas lui-même ne les fait pas rire. Les railleries des chefs juifs, auxquelles font écho celles des soldats romains, touchent l’essentiel de la vie de Jésus. Elles visent le cœur de ce que Jésus a fait et de ce qu’il est. Même dans leurs moqueries les chefs reconnaissent que le crucifié fut sauveur (Luc 23,25). Celui dont ils ont obtenu à grand-peine la condamnation à mort, c’est celui qui est passé parmi eux en faisant le bien. C’est celui qui a sauvé tant d’hommes et de femmes de la maladie, du démon et de la mort. (Ac 10,38) Ils rient de voir Jésus privé du salut qu’il a apporté aux autres. Á travers leurs moqueries la véritable raison de la condamnation et du supplice de Jésus est manifestée. C’est parce qu’il a reconnu avoir été « élu » par Dieu, oint par lui (Luc 23,35) pour être roi des juifs (Luc 23,37) qu’il est maintenant élevé sur le trône de la croix.

Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : « Celui-ci est le roi des Juifs ». L’un des malfaiteurs suspendus en croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi ! » Mais l’autre lui fit de vifs reproches : « Tu ne crains donc pas Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, n’a rien fait de mal. » Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume ». Jésus lui déclara : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » (Luc 23,38-43)

Les deux malfaiteurs crucifiés l’un à sa droite, l’autre à sa gauche, rappellent tous ceux qui ont dû prendre parti pour ou contre Jésus durant sa vie. Les uns se moquant de lui et le rejetant, les autres implorant dans la foi le salut, que personne d’autre que lui ne pouvait leur apporter. Les deux hommes crucifiés avec lui demandent également le salut. Le premier sait bien qu’il est condamné et qu’il n’y a rien à faire, et il ironise sur son compagnon d’infortune. (Luc 23,39) L’autre préfère la vérité, la sienne et celle des autres : la foi l’amène à confesser son péché et la justice du châtiment, et dans le même mouvement l’innocence et la justice de Jésus. (Luc 23,41) Malgré les apparences, il reconnaît en Jésus le juste persécuté celui que les prophètes avaient annoncé, le serviteur souffrant, le Christ roi. (Luc 23,42) Sa prière est aussitôt exaucée, ses péchés pardonnés. (Luc 23,43) Et le premier à entrer avec Jésus dans le règne de Dieu sera un criminel qui de son propre aveu avait bien mérité sa condamnation. (Luc 23,41) Il est le modèle de tous ceux qui seraient tentés de penser que leur situation est irrémédiablement désespérée. L’amour de Dieu est plus fort que la mort. Pour Jésus, être roi signifie donner sa vie pour nous sauver.

Le bon larron est le seul personnage de tout l’évangile de Luc – et même des quatre évangiles – qui s’adresse au Seigneur en utilisant seulement son nom « Jésus » (Luc 23,42) sans ajouter rien d’autre. Il ne l’appelle pas « Jésus le Nazarénien » (Luc 4,34), ni « Jésus, Fils de Dieu » (Luc 8,28). Il ne l’appelle pas « Jésus maître » (Luc 17,13), ni « Jésus, fils de David » (Luc 18,38). Il dit simplement : « Jésus ! » Comment interpréter ce fait ? Nous pouvons y voir la manifestation d’une foi totale, et même d’une foi de très grande intimité. Le « bon larron » est certes un criminel, mais en cet instant, confessant l’innocence de Jésus, il est celui qui est le plus proche de lui dans l’acceptation de la souffrance et de la mort. Lui seul est vraiment « avec lui ». Il pourra donc entrer « aujourd’hui même avec lui dans le paradis » (Luc 23,43). « Aujourd’hui avec moi » est la réponse de Jésus. Le Royaume est là dès que nous acceptons, dans la foi et l’amour, d’être avec le Christ.

Charlotte LANGEHEGERMANN
 
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