Amare Ecclesiam
Servir l’Église par le droit : rencontre avec William Lindsay Simpson, président de la Conférence Saint-Yves et auteur.
William Lindsay Simpson vient de publier, aux éditions Parole et Silence, un nouveau livre, Amare Ecclesiam, sous-titré Réflexions sur la foi, le droit et la diplomatie. L'ouvrage rassemble quinze années de réflexions menées au sein de la Conférence Saint-Yves. Nourri d’articles, de conférences et d’entretiens, il s’articule en trois parties : la foi (résilience catholique, transmission de la foi dans les sociétés postchrétiennes, spiritualité et gouvernance) ; le droit (réforme du droit canonique, vie de Rosario Livatino — « martyr de la justice » —, action juridique de la COMECE auprès des institutions européennes, Brexit et droit canonique, droit des reliques) ; et le Saint-Siège (statut juridique en droit international, diplomatie, finances vaticanes et relations avec le Luxembourg). Nous avons voulu en savoir davantage sur l'auteur et sur son travail. Rencontre.
William Lindsay Simpson, pouvez-vous vous présenter rapidement ?
J’ai déposé mes valises au Luxembourg il y a déjà dix-huit ans. J’avais reçu deux offres d’emploi : l’une en Nouvelle-Zélande, l’autre dans une étude d’avocats au Luxembourg. Avec ma petite amie de l’époque, aujourd’hui mon épouse, nous avons choisi le Luxembourg afin de rester à une distance raisonnable de nos familles, les deux destinations offrant des climats similaires ! Depuis, nous avons eu quatre filles, et ma vie se partage entre mon travail, ma vie familiale et mes engagements associatifs.
Je suis actuellement juriste spécialisé dans les fonds d’investissement. Comme vous le savez, les fonds sont un peu le « pétrole » du Luxembourg. Parallèlement, je me suis progressivement impliqué dans la vie juridique luxembourgeoise en « redynamisant » la Conférence Saint-Yves, la plus ancienne association d’avocats et de juristes du Grand-Duché.
Côté loisirs, je compense mon incompétence absolue en matière de bricolage par la peinture — sans aucune prétention —, la cornemuse, l’histoire et la lecture. Je bénis la Bibliothèque nationale du Luxembourg pour la richesse de ses collections ! Un bonheur pour tout esprit curieux.
Vous consacrez une grande partie de votre temps libre à des actions bénévoles, alors que notre société est caractérisée par l’individualisme. Pourquoi ?
J’ai la chance d’avoir beaucoup reçu de mes parents et de mes grands-parents en matière d’éducation, de transmission et de savoir. J’essaie donc de rendre ce que j’ai reçu.
De même, lorsque l’on commence à travailler, on constate rapidement que l’on est assigné à un poste, dans lequel on est évalué à l’aune de sa performance, et que les relations se limitent souvent à celles que l’on entretient avec ses collègues. En faisant un petit pas de côté, en s’investissant au-delà de son travail rémunéré et en se mettant bénévolement au service des autres, on découvre que l’on peut être utile, mais d’une autre manière. C’est ce service qui apporte du « sens » et surtout du « sel » à la vie professionnelle !
Il y a également une autre dimension : celle du « service d’Église ». Ma génération — celle des quadragénaires — est peut-être la première à avoir pris conscience que les catholiques d’Europe occidentale sont devenus une minorité et que la priorité est de s’engager pour continuer à vivre en chrétiens dans un monde qui ne l’est plus. Dans une certaine mesure, nous ne bénéficions plus des « infrastructures » catholiques dont disposaient les générations précédentes — scoutisme, catéchisme, pèlerinages, aides diverses… — et nous devons nous organiser pour les mettre en place nous-mêmes.
Pour la Conférence Saint-Yves, ma motivation a évolué au fil des quinze dernières années. Au début, je me sentais simplement investi d’une mission : assurer une présence chrétienne dans le monde juridique. Puis, au fil des années, j’ai compris que je pouvais faire du droit tout en servant l’Église. Le modus operandi de la Saint-Yves est d’ailleurs assez particulier : « faire du droit » et être un acteur crédible de la vie juridique luxembourgeoise — par des conférences, des articles et la création d’une plateforme intellectuelle —, tout en étant une aumônerie pour les avocats. Lorsque je regarde les associations d’avocats catholiques d’autres pays, je constate qu’elles n’ont pas la même approche : soit elles sont très spirituelles, soit elles font du droit en se concentrant exclusivement sur les questions religieuses.
Ce livre, Amare Ecclesiam, n’est pas le premier que vous publiez. En quoi est-il différent des autres ? (ou, au contraire, dans quelle mesure s’inscrit-il dans leur continuité ?)
C’est en effet mon deuxième livre dont le titre est en latin. Le premier, Laudate Jerusalem, porte sur la présence chrétienne en Terre sainte. Ce fut une grande joie de pouvoir écrire un tel livre, mais aussi de découvrir le monde de l’édition et de mettre en place la « méthode » Saint-Yves.
En effet, pour écrire un livre, il faut disposer d’une matière intellectuelle suffisante. Un professeur ou un avocat écrira un livre à partir des cours ou des formations qu’il donne. De la même manière, j’ai organisé de nombreuses conférences sur la présence et le rôle des chrétiens orthodoxes, catholiques, coptes d’Égypte et protestants en Terre sainte. Le livre reprend ces thèmes et y ajoute d’autres réflexions, notamment sur Jérusalem dans la tradition juive ou sur le statut de Jérusalem en droit international. L’Ordre du Saint-Sépulcre a même eu la bonté de récompenser ce travail.
Laudate Jerusalem montre avant tout que l’histoire chrétienne des Lieux saints est toujours vivante ! Cette tradition extrêmement riche et diverse — pensons aux chrétiens éthiopiens installés sur le toit de la basilique du Saint-Sépulcre — constitue un héritage toujours actuel dont nous sommes tous les dépositaires.
Mon deuxième livre, Amare Ecclesiam, porte lui aussi un titre latin, qui signifie « aimer l’Église ». L’ouvrage vise à montrer que notre religion constitue un patrimoine vivant reliant les thèmes de la foi, du droit et de la diplomatie. À nous de nous réapproprier ce patrimoine et de le faire vivre.
Vous faites cohabiter des auteurs d’origines très diverses. Quel est leur trait d’union ?
L’esprit « Saint-Yves ». Tous ont participé à une conférence ou à un événement de la Conférence Saint-Yves, où ils ont partagé leur savoir et leurs connaissances.
C’est aussi l’esprit d’un petit pays où l’on peut facilement côtoyer les « décideurs » et les « sachants ». Les juges, les diplomates et les membres du clergé qui se sont impliqués dans ce projet ont tous fait preuve d’une réflexion désintéressée et d’une volonté de rechercher le bien commun.
Quels défis pour notre époque l’ouvrage dans son ensemble met-il en évidence, et comment l’amour de l’église peut-il nous aider à les surmonter ?
Ce livre relève un défi : montrer qu’il est possible de parler de religion de manière constructive et incarnée au Luxembourg. La religion peut constituer un terreau fertile et se révéler utile dans une société de plus en plus complexe et fragmentée.
Dans un petit opuscule des années 1950, intitulé À la recherche de l’âme luxembourgeoise, le grand rabbin de Luxembourg de l’époque écrit : « La religiosité au Luxembourg, qui n’a jamais connu d’inquisition, est libérale, tolérante, elle adoucit les contrastes confessionnels et même politiques, et crée un climat serein et salubre. » C’est ce climat « serein et salubre » qui permet de parler des trois thèmes de ce livre : la foi, le droit et la diplomatie.
En matière juridique, il s’agit d’aborder les défis liés à la complexité des règles, à la confiance dans la justice, mais aussi au rôle du droit et à son influence dans la société.
En matière de diplomatie, l’enjeu principal est de rechercher la paix en promouvant le multilatéralisme et le droit international. Ainsi, le Saint-Père a récemment rappelé à Metz les deux principes cardinaux sur lesquels construire la paix : une égalité effective entre tous les États, et le respect de la « parole donnée » par les pays dans le cadre de leurs engagements internationaux.
Enfin, les défis sont nombreux pour l’Église. Le christianisme est déjà, en soi, un chemin exigeant : il appelle le chrétien au respect de son prochain, au renoncement à soi et à une plus grande simplicité de vie. Mais le disciple du « Prince de la Paix » est également appelé à suivre cette voie exigeante tout en vivant pleinement dans le monde et en prenant part à sa vie. Amare Ecclesiam conclut en ces termes : « L’Église du Christ ne vit pas pour elle-même : elle est au service du monde. »
À propos de la Conférence Saint-Yves
L’association des juristes catholiques du Luxembourg existe depuis 1916. Elle a pour mission de participer activement à la vie juridique nationale par l’organisation de conférences, la publication d’articles juridiques et la mise en place d’une véritable plateforme intellectuelle dédiée au droit. Elle assure également une présence chrétienne au sein du barreau et de la communauté des juristes du Luxembourg.
Les prochaines conférences de la Saint-Yves porteront sur les sujets suivants : L’art roman et le sacré (novembre), Me Gaston Vogel (décembre), Le Registre de commerce et des sociétés (janvier), Un prince bâtisseur : Rainier III de Monaco (février), Le droit consulaire (mars), La finance verte (avril) et, en mai, le traditionnel banquet de la Saint-Yves, avec l’actuel président de la Cour administrative comme orateur invité. Toutes les informations sont disponibles à www.csy.lu.
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