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Père Simone Raponi : « L’art chrétien doit véhiculer un message de foi et annoncer l’Évangile »

Entretien avec le nouveau conservateur diocésain et conseiller ecclésiastique de l’Ambassade du Luxembourg près le Saint-Siège.

Le 1er septembre 2025, le père Simone Raponi, prêtre de la Congrégation de l'Oratoire de Saint Philippe Néri, a rejoint l’archidiocèse de Luxembourg en tant que conservateur diocésain du patrimoine culturel. Titulaire d'un doctorat en Patrimoine culturel de l'Église (Université pontificale grégorienne), il est également préfet des Archives de la Congrégation de l'Oratoire. Ses recherches et publications portent en particulier sur l'histoire des cérémonies papales et sur sa Congrégation. Le 1er décembre, il a de surcroît pris ses fonctions de conseiller ecclésiastique de l'ambassade du Luxembourg auprès du Saint-Siège. Rencontre.

 

Père Simone, où avez-vous passé votre enfance ?

Père Simone Raponi. Je suis né à Rome, dans une famille romaine que je qualifierais de tradition catholique, mais pas de conviction catholique. Mais j’ai eu la grâce de rencontrer au fil du temps quelques grandes figures qui m’ont beaucoup donné, en particulier une religieuse, une femme exceptionnelle, qui a été mon professeur quand j’étais enfant, ma grand-mère et le curé de ma paroisse.

 

Quelles études avez-vous choisi de suivre ?

J’ai fait mes études supérieures sur les biens culturels en tant que laïc, à l’Université pontificale grégorienne, qui est l'héritière du Collège Romain fondé en 1551 par Ignace de Loyola. Le corps professoral, très international, compte une majorité de jésuites. Après, j’y ai étudié – en tant que novice quand je suis entré dans la société de vie apostolique de la Congrégation de l’Oratoire – la théologie, la philosophie, jusqu’à obtenir mon doctorat. J’ai trouvé à la Grégorienne un mélange de dimensions humaine, spirituelle et intellectuelle qui m’a beaucoup plu. C’est un choix qui peut paraître inhabituel pour un laïc, mais je vois maintenant que ma vocation était en germe.

 

Pourquoi ce choix de la Congrégation de l’Oratoire ?

J’ai rencontré l’Église (Chiesa Nuova) de manière générale, et la Congrégation de l’Oratoire en particulier, grâce à l’art, aux grands maîtres du baroque romain que sont Francesco Borromini, Pietro da Cortona, le Caravage… C’est par l’intermédiaire du saint cardinal John Henry Newman, qui est devenu récemment docteur de l’Église, et de saint Philippe Néri que j’ai appris petit à petit à connaître la Congrégation. Je suis entrée officiellement en 2014, alors que j’avais déjà étudié pendant cinq ans les biens culturels de l’Église. J’ai été ordonné prêtre en 2019.

 

Depuis 2014, à quoi ressemble votre vie ?

Tout en poursuivant mes études, j’ai été intendant de la maison pendant six ans. J'ai également été recteur de la basilique romaine de Saint-Nereo et Achilleo, où je me suis particulièrement occupé de la préparation au mariage. Aujourd’hui je suis préfet des archives historiques de la Congrégation et vice-préfet de l'Oratoire, dans lequel je suis engagé également dans la pastorale culturelle, qui est une des caractéristiques de ma Congrégation, son charisme particulier. L’étude de l’histoire de l’Église est née en son sein sous l’influence du successeur de saint Philippe Néri, le cardinal Cesare Baronio.  

 

Comment votre parcours vous a-t-il fait arriver dans notre archidiocèse ?

Monseigneur Hollerich, qui connaît très bien la Chiesa Nuova, la Congrégation et qui est très dévoué à Saint Philippe Néri, connaissant ma formation, m'a proposé d’assurer la charge de conservateur diocésain. Je suis présent au Luxembourg une semaine par mois et le reste du temps je travaille à distance depuis Rome.

 

À quoi ressemble votre travail de conservateur pour l’archidiocèse de Luxembourg ?

Le travail du conservateur du patrimoine religieux comporte à la fois un côté intellectuel de recherche puisqu’il faut étudier le patrimoine, et également un côté plus technique ou administratif pour maîtriser les lois spécifiques du pays, les liens entre toutes les entités qui gèrent le patrimoine. Actuellement j’ai beaucoup à apprendre ! Ensuite il faudra valoriser les biens et pour cela je dois connaître le territoire, étudier spécifiquement certaines œuvres d’art, afin de pouvoir donner des expertises avant une restauration ou un renouvellement de mobilier.

 

L’art luxembourgeois est bien différent de l’art romain. Comment le voyez-vous ?

C’est un défi pour moi ! Je pense qu'il existe des différences, mais aussi, bien sûr, de nombreux liens. Je trouve intéressant de comprendre l'histoire des différentes époques du Grand-Duché de Luxembourg à travers le patrimoine culturel ecclésiastique, qui façonne l'identité du pays. Ce qui est important c’est de contextualiser l’œuvre d’art dans ses dimensions historique, culturelle et cultuelle afin qu’elle puisse transmettre le message du Christ. La matérialité dit quelque chose à chaque personne.

Aujourd’hui les gens ne vont plus à l’Église uniquement pour la liturgie ou la prière mais pour une exposition, un concert. Leur seul contact avec le Christ passe souvent par une visite d’église pour y admirer des œuvres d’art. Les valoriser est essentiel, cela relève de la mission de l’Église. L’esthétique est un chemin de transcendance. C’est le rôle de l’art dans l’Église, qui véhicule un message de foi et d’annonce de l’Évangile. Tous les textes qui parlent de l’art ecclésiastique soulignent son but unique : l’évangélisation. C’est un immense défi pastoral.

 

Votre travail est donc en réalité aussi pastoral ?

Mon travail est technique mais mon chef de compétence reste la pastorale et l’évangélisation. À travers la matérialité, nous pouvons parler à beaucoup de gens. D’où l’importance de la beauté, qui est un chemin essentiel pour notre société de l’image. La beauté nous rappelle Dieu et elle est liée à Dieu. C’est le grand défi, pour l’art, de traduire le message de l’Église. Les artistes contemporains ont besoin de dialogue avec l’Église. Tous, ils manifestent une certaine transcendance. À travers l’art nous pouvons entrer en dialogue.

Une question plus personnelle pour finir, question que nous posons à tous les nouveaux arrivants dans le diocèse. Quelle est votre forme de prière préférée ?

Le silence. Un silence plein de Dieu bien sûr. À Rome, je vis dans le centre de la ville, en plein chaos. Le silence, devant le tabernacle, en présence de Dieu, me rapproche de Lui.

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