Le Rosaire de Marie ou le Mystère du Christ
Souvenir de l'Octave : frère Philippe Jaillot a donné une conférence lumineuse sur le chapelet. De quoi méditer jusqu'à l'an prochain.
Frère Philippe Jaillot, o.p., a ce rayonnement des religieux heureux, un sourire facile et un regard transparent. La finesse de son enseignement éclaire le rosaire, qu’il aime et prie, et dont il démontre qu’il n’est pas une prière machinale ou automatique. Au contraire, son approfondissement est sans limite et notre vie n’y suffira pas. En ce samedi soir veille de la clôture de l’Octave, réunis dans l’intimité de la crypte de la cathédrale, les habitués de la prière du chapelet comme les néophytes ont fait le plein d’éléments à méditer et à approfondir. Pour eux comme pour ceux qui n’avaient pu être présents, il nous a semblé utile de reprendre ces éléments.
À la surprise de son auditoire, frère Philippe commence par recommander la prudence. « Dans notre relation communautaire et personnelle à la Vierge Marie il est important de ne pas en faire trop et de ne pas en faire trop peu. » Serait-il possible d'en faire trop ? « Dans la vie spirituelle, il ne faut pas manquer sa cible. Parfois par excès de zèle, nous restons en réalité centrés sur nous-mêmes. » Il faut donc ajuster et purifier ce qui doit l'être, ne pas perdre de vue d’où vient le Salut. « Notre dévotion à la Vierge Marie nous conduit elle au Christ ? Ma dévotion mariale me fait-elle mesurer que la présence du Christ à mes côtés est mon fondement ? » Car oui, le chapelet, qui nous voit réciter cinquante Je Vous salue Marie, est en réalité un lieu privilégié qui nous recentre sur le Christ.
Frère Philippe donne des clefs pour favoriser ce recentrage. Par exemple l’utilisation des ‘clausules’. Ces petites phrases développent ce que notre prière médite. Elles s'insèrent après le nom de Jésus, charnière entre la première et seconde partie du Je Vous salue Marie (vous les trouverez dans le document joint en bas de cette page).
L'esclavage spirituel vécu comme un abandon total et volontaire à la volonté divine
« La Vierge Marie, qui nous conduit vers son Fils, n’est pas une sainte ‘comme les autres’ » souligne frère Philippe. L’Église le sait bien, qui désigne son culte par un nom particulier : l’hyperdulie. Alors que la dulie (du grec δουλεία / douleia), qui signifie ‘servitude’ ou ‘soumission’ est le culte que nous rendons aux saints, et que la latrie (du grec λατρεία / latreia) est le culte d'adoration absolue, réservé uniquement au Dieu Trinité, l’hyperdulie désigne exclusivement la dévotion à Marie. « La dulie, remarque frère Philippe, fait référence à l'esclavage. » La morale chrétienne étant opposée à l'esclavage, l’utilisation du mot dans la vie spirituelle peut choquer. Ici l’apport de l’historien est important. En droit romain, l'esclave fait partie de la famille, qui est composée du chef de famille, de la mère, des enfants et des esclaves. Pour éviter la charge très négative attachée à l’esclavage moderne, les traductions préfèrent utiliser le mot de serviteur ou servante. Mais dans le texte grec de l'évangile, Marie dit à l’Ange : ‘Je suis l'esclave du seigneur’. Elle exprime un abandon total et volontaire à la volonté divine, mais aussi son appartenance à la famille. « Être esclave, c’est faire partie de la famille. Nous sentons-nous de la famille dans notre relation à Dieu ? » interroge frère Philippe.
Le dominicain souligne également que saint Jean-Paul II disait du rosaire qu’il est une prière christologique. « Le rosaire de Marie et les mystères du Christ ne s'opposent évidemment pas. Le centre du rosaire est toujours Jésus. » Pourquoi parler de mystères, dans la méditation du rosaire ? « On pourrait dire ‘événement’, remarque frère Philippe. Mais déjà le mot mystère nous permet de mesurer la véritable dimension de ce qui se joue. Il y a plus grand à trouver derrière chacun de ses épisodes. Le mystère est un appel à croire et non une énigme à résoudre. C'est une réalité de Dieu révélée, infiniment riche, que l'on contemple, dans laquelle on entre plus, que l’on ne cesse de creuser et de découvrir. »
Frère Philippe termine sur un témoignage personnel en revenant sur la question d’ouverture : Comment donc ne pas en faire trop et comment ne pas en faire trop peu ? « Ce n'est pas une question. Le rosaire de Marie est un porte-voix pour nous faire entrer dans le mystère de Dieu. À chacun de voir dans sa vie personnelle, dans sa manière d’aimer. Ma dévotion n’est pas très affective. Elle est peut-être un peu théologique. Je regarde comment Marie me montre le Christ Sauveur. Je regarde ce qu’elle me permet de confesser sur Lui. Comment elle me permet de bien L’aimer. »
Frère Philippe Jaillot est prieur du couvent de l'Annonciation à Paris, dont dépend frère Alberto Fabio Ambrosio, professeur à la Luxembourg School of Religion & Society. Comme responsable de l'émission de télévision Le Jour du Seigneur, comme aumônier de lycée ou par les différentes sessions qu'il a animées, frère Philippe s'est intéressé à la prédication sous toutes ses formes. Depuis un an, il est également aumônier des équipes du rosaire, un mouvement qui compte 43.000 membres en France et 20.000 dans le reste du monde.
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